Tel un oiseau blessé, dans un dernier envol
je m’élance confiant, franchis le dernier col,
espère redescendre au creux d’une vallée
là où la guerre enfin s’en est vraiment allée.
Mais mon aile brisée m’arrache un cri d’horreur,
ce n’est pourtant pas grave. En bas c’est la terreur.
Je pense à tous ces gens qui moururent si jeunes,
pour eux tout est fini, quand des autres déjeunent
espérant résister à la peur qui les prend,
espérant profiter en étant transparents,
en échappant ainsi à un gilet de bombes…
Et puis je vois passer une blanche colombe,
mon cœur s’éprend d’espoir. Je suis au dernier col.
Le franchirais-je enfin dans ce dernier envol
ou reviendrais-je en bas pour ne pas être lâche… ?
J’aperçois la vallée où la beauté se cache,
je fais un demi-tour et reviens sur mes pas.
En bas c’est la terreur, j’entends sonner le glas.
Mon aile me fait mal, mais je vole quand même.
Je m’élance confiant vers tous ces gens que j’aime
promettant mon soutien, leur parle de l’oiseau,
de la blanche colombe, Hélène et son fuseau,
de l’espoir qui éclot comme une belle rose,
d’amitiés qui se lient sous les pluies de ventôse,
de la beauté du jour, du charme de la vie
lorsque règne la joie et que la faux dévie.
L’amour est le plus fort, soyez-en bien certains.
Il nous promet encor de nombreux lendemains,
repoussera Satan en-deçà de la Terre,
évincera sa faux et son grand cimeterre,
puis nous retrouverons le baiser de la paix
qui pansera nos cœurs sous un soleil de mai !
© Monique-Marie Ihry – 8 juin 2020 –
(Illustration : « La mélancolie du cygne » – aquarelle -)
Extrait du recueil Un monde sans sépulture, Collection Plume d’ivoire n° 3, Cap de l’Étang Éditions, 2017