D’habitude , je ne me fie pas à ce que disent les écrivains et poètes sur leurs écrits , étant convaincu que la distance entre le vouloir dire et le dire est énorme .Cependant , l’annonce que fait l’auteure dans ce texte théorique de la parution de son prochain recueil excite ma curiosité d’y voir clair , vu ma connaissance approfondie de son expérience poétique précédente .

Plusieurs approches esthétiques semblent avoir été suivies ou du moins tracées dans ce nouvel ouvrage .D’abord le néo-réalisme qui consiste à partir du réel sans le photographier à la manière des naturalistes ou à s’y calfeutrer comme dans le réalisme socialiste prôné par Jdanov (ne pas s’enfermer dans une reproduction fidèle de la réalité objective telle qu’elle se présente à notre regard ) mais en le sassant de fond en comble afin d’en dégager les traits les plus pertinents et les plus significatifs . Ensuite la théorie de la forme ( gestaltisme ou psychologie de la forme ) dont la mise en application en art est de ( partir d’une base à l’image du miroir que nous renvoie parfois la nature, les objets du quotidien ou bien les êtres vivants, s’inspirer de leurs formes pour obtenir en quelques traits une base tangible). Tertio , le romantisme déjà fortement présent dans les écrits précédents de l’auteure et dont la place demeure , à l’en croire , essentielle (s’imprégner ensuite de la blondeur complice du soleil, de la douce mélodie des oiseaux, de la parure que revêt une prairie printanière offerte à notre présent ).

Cet amalgame de tendances s’explique par la chute des courants littéraires qui avait suivi la chute des idéologies à la deuxième moitié des années quatre-vingt , une chute que certains écrivains et poètes ont exploitée , à bon escient , en puisant dans ces courants tous les éléments qu’ils trouvent les mieux adaptés à leur goût , humeur et personnalité , étant donné que pour tout écrivain moderne qui se respecte la singularité du style reste l’objectif le plus primordial à atteindre . Attendons la sortie de ce nouveau recueil pour voir ce qui a été vraiment concrétisé de ces trois grandes lignes .

 

Mohamed Salah Ben Amor, critique littéraire tunisien

 

Création

 

Tenter d’accéder aux voix du Cosmos pour composer avec la grandeur du monde, aller en soi, dans l’abîme de son moi intérieur afin de mieux exprimer la véracité spontanée de son être, s’écarter du joug carcéral des conventions qui ont régenté notre vie, accepter de se détourner du chemin unique édicté par la norme et ses apôtres de rigueur endimanchés, ne pas s’enfermer dans une reproduction fidèle de la réalité objective telle qu’elle se présente à notre regard mais partir d’une base à l’image du miroir que nous renvoie parfois la nature, les objets du quotidien ou bien les êtres vivants, s’inspirer de leurs formes pour obtenir en quelques traits une base tangible, tirer ensuite de ces fondations nécessaires une essence issue des profondeurs de l’expérience des bonheurs vécus ou des malheurs subis, de l’empreinte des cicatrices superficielles ou profondes qui saignent encore ou pleurent sur notre quotidien, vivre intensément au-delà de son vouloir tous ces ressentis obligés, s’imprégner ensuite de la blondeur complice du soleil, de la douce mélodie des oiseaux, de la parure que revêt une prairie printanière offerte à notre présent

ET,

tenter de renaître, à l’heure où l’aube éclot sous les perles de rosée du jardin fleuri de nos espérances. Ressourcée par l’énergie d’un silence solidaire, nourrie par l’exaltation solitaire propice à la création en cours, s’ouvrir au chant symphonique du monde…

 

© Monique-Marie Ihry